Les comités de résistance au sein des camps : une résistance organisée

 A l'intérieur des camps, des déportés ont élaboré des organisations clandestine de résistance. Ces comités sont nationaux et internationaux. Ils se développent surtout à partir de la fin de l'année 1943 et encore plus en 1944.

La résistance française organise également des manifestations patriotiques le 14 juillet, et le 11 novembre. De plus ils s'efforcent de saboter la production industrielle en évitant les "mouchards".

 

 

Les SS cherchent à lutter contre cette résistance organisée au sein des camps. A Sachsenhausen elle a été décimée maintes fois par les SS. La Gestapo est même intervenue pour mener enquêtes et arrestations. Mais à chaque fois les organisations se sont reconstituées.

A Auschwitz, dans les derniers mois de l'année 1944, les détenus les plus anciens sont envoyés vers d'autres camps. Ces départs ont, selon A. Sellier, pour but de désorganiser la résistance interne qui cherche à remettre en cause l'évacuation programmée du camp ou rendre possible des évasions.

 

La peur de l’extermination générale

Le danger le plus redouté par ces réseaux clandestins est l’extermination des déportés à l’approche des troupes alliés. Ils instaurent donc des groupes de combats ainsui que des plans d'autodéfense. Les réseaux de résistance essayent donc de s'armer comme ils le peuvent malgré leurs redoutable adversaire.

Dans "Le Livre de la Déportation", un témoignage de Sachso nous donne de présisions au sujet de l'armement assez dérisoire qu'a pu rassembler la résistance internationale : "Aux mitrailleuses braquées de tous les miradors, aux lance-flammes éventuels, ne s'opposent qu'une quarantaine de mousquetons et de revolvers, quelques grenades venues de Klinker avec celles récupérées à Lichterfelde, et les engins de fortune fabriqués avec les moyens du bord. Tant que le camp n'est pas coupé des ateliers, on a stocké de l'essence, de l'acide sulfurique et chlorate de potasse pour faire des cocktails Molotov. Des fils de fer et des barres métalliques sont prévu pour court circuiter les barbelés électrifiés, des couvertures et des planches de châlit pour franchir les enceintes ainsi neutralisées. les anciens combattants d'Espagne, les prisonniers de guerre russes survivant et les FTP, français encadreraient la masse des déportés et tenteraient de gagner les dépots d'armes SS, les véhicules et les blindé de KWA et du dépot Wald. Tous sont décidés à se battre si le combat leur est imposé mais d'un commun accord, il faut maintenir intacte l'organisation jusqu'à la limite du possible."

Généralement, ces plans d’occupations, d’auto-défense voire de soulèvement n’ont pas été mis en œuvre : l’évacuation a été décidée avant ou les alliés sont arrivés entre temps. C’est le cas notamment à Ravensbrück. De même, à Mauthausen, des plans d’opérations ont été élaborés, des armes avaient été regroupées. Les SS se retirèrent avant le soulèvement. Le Comité international décida d’organiser des groupes de combats qui occupent le village de Mauthausen et recherchent les SS en fuite. La même chose se produit à Buchenwald comme le relate Jorge Semprun.

 

Le témoignage de Paul Segrétain permet d’avoir quelques précisions :

« Le déroulement de la journée du mercredi 11 avril 1945, qui verra notre libération, a afit l’objet de nombreux témoignages assez contradictoires émanant de copains dispersés dans différents blocks. Très tôt, il y a des alertes et des ordres retentissent. Ils sont donnés par le haut-parleur et en allemand. C’est une langue que je me suis refusé à apprendre, mais un camarade qui la comprend me dit qu’il y a interdiction de circuler d’un bâtiment à l’autre. Un certain silence et une parfaite immobilité semble régner dans tout le camp. […] Vers 15h30, nous apprenons que deux chars américains sont proches, mais bien sûr, nous ne les voyons pas. On me dit alors que certains déportés prévoyant ont pu camoufler des armes lors du bombardement du camp au mois d’août 1944. Ils viennent de les récupérer et se les partager afin de pouvoir répondre au cas où les SS contre-attaqueraient, après avoir abandonné, pour la plupart d’entre eux, miradors et casernement. A la partie inférieure du petit camp, côté « Revier », quelques GI’s sont aperçus, se faufilant de l’autre côté des barbelés. Un drapeau blanc est hissé.

C’est seulement vers 16h00 que nous apprenons officiellement que les blindés américains sont passés et que nos fameux commandos de déportés ont occupé et occupent encore tous les points stratégiques et même qu’ils traquent les SS dans les environs. » (témoignage de Paul Segrétain, in Supplément à Le Mans Notre Ville n° 269)

 

 

Participer à sa Libération

Par contre, dans le kommando de Loibl-pass, les détenus ont activement participé à leur liberté. "Je me trouvais, depuis près de deux ans, au kommando de Loibl-pass nord, kommando du KL Mauthausen. Tous les déportés étaient affectés au creusement d’un tunnel entre l’Autriche et la Slovénie. Il n’est pas besoin de décrire les conditions épouvantables dans lesquelles nous devions travailler.
Nous étions vers la fin avril 1945. La 8ème Armée anglaise arrivait d’un côté par l’Italie, l’Armée rouge arrivait de Hongrie. Notre libération approchait, mais les SS maintenaient la discipline fermement. Pourtant, un comité de résistance s’était formé parmi nous et c’est lui qui a pris l’initiative de nous rassembler et de ceinturer le commandant du camp, en lui maintenant un couteau sous la gorge. Les gardiens ont eu ordre de descendre des miradors et nous avons quitté le camp sous la menace d’exécuter leur chef." (témoignage de Georges Lethielleux, in Supplément à Le Mans Notre Ville n°269).

Au premier plan, Georges Lethielleux et sa tenue du kommando de Loibl Pass
Au premier plan, Georges Lethielleux et sa tenue du kommando de Loibl Pass

Rodolphe Perdrieux complète le témoignage de Georges Lethielleux : "Le 8 avril 1945, je me trouvais depuis vingt-huit mois au camp sud de Loibl-pass, aux frontières entre l’Autriche, la Yougoslavie et l’Italie. Nous savions que les résistants yougoslaves étaient proches du camp. Le comité de Libération, dont je faisais partie, avait organisé la neutralisation du commandant du camp afin de donner l’ordre à ses sentinelles de descendre de leurs miradors, cela pour éviter notre témoignage. A partir de cet instant, nous avons quitté le camp avec les sentinelles allemandes, sachant que les partisans yougoslaves nous attendaient à la sortie afin de faire prisonniers tous nos bourreaux… Le commandant Collin a ensuite réuni les 120 camarades engagés dans la résistance du camp afin de continuer la lutte contre les fascistes croates (les Oustachis) aussi sanguinaires, sinon plus, que les nazis. Je suis resté cinq mois et demi en lutte avant de rentrer." (Témoignage de Rodolphe Perdrieux, in Supplément à Le Mans Notre Ville n°269. Il faut noter que Monsieur Perdrieux se trompe d’un mois sur la date de la libération. Il ne s’agit pas du 8 avril mais de la nuit du 7 au 8 mai 1945).

La briage Liberté, CDRP Créteil
La briage Liberté, CDRP Créteil

Une critique des comités clandestins : une résistance organisée pas toujours humaine

La résistance organisée est majoritairement dominée par les communistes. Cette domination est questionnée par certains déportés. Joseph Onfray écrit ainsi : "Il était naturel qu'il y eût à Buchenwald des divergences d'opinion ; il était normal qu'elles se manifestent entre les déportés. Il est criminel que les passions partisanes entre Français ne se soient pas éteintes quand la botte de l'ennemi nous écrasait tous." [...] "L'envoi des häftlings dans telle ou telle usine n'était pas seulement déterminé par le hasard. Le camp était rempli de pleins d'informateurs qui rendaient compte à un mystèrieux Comité de Camp. Chaque détenu était l'objet d'enquête quant à ses sentiments politiques et religieux. Une parole malheureuse était-elle rapportée, celui qui l'avait prononcé partait brusquement en transport. "Ce qu'il fallait faire attention à ses paroles pour ne pas être envoyé en transport par nos camarades..., ces bon Français", écrit un ouvrier à son retour." Il ajoute : "Tout le monde savait à Buchenwald que les fonctions de Stubedienst, les bons Kommando, les bons convois étaient emplois réservés. Nul n'ignore que les mauvais convois ont systématiquement englobé ceux dont les idées étaient jugées subversives [...]. Les membres de l'Arbeitstatistik, qui comprennait des Français ont obéït aux ordres d'une puissance occulte, d'un comité secret et n'ont pas accordé à tous une protection impartiale qui était en leur pouvoir. [...] La lumière sur cette activité devra être faite un jour et les responsabilités devront être établit."