Le serment de Mauthausen, source CRDP ac-créteil
Le serment de Mauthausen, source CRDP ac-créteil

Les valeurs transmises

  La défense de la Paix, de la liberté, des droits de l'Homme sont des valeurs fondamontales à l'opposé de l'idéologie nazie. De même pour les idées de solidarité, de fraternité, de justice. Toutes ces valeurs sont dites par des déportés dans les serments de Mauthausen et de Buchenwald.Dans ces deux serments ou dans les témoignages, on retrouve la volonté d'union, de conserver l'amitié entre les déportés. Pour Marie-José Chombart de Lauwe, il ne faut pas hiérarchiser les civilisations. Cette valeur de l'égalité entre les hommes et les femmes apparaît comme fondamentale et là encore, elle est à l'opposée des idées nazies.

 

 

Marie-Claude Vaillant Couturier, source FMD
Marie-Claude Vaillant Couturier, source FMD

Après la fin de la guerre, des déportés témoignent lors des procès afin de défendre les valeurs de justice. C'est par exemple le cas de Marie-Claude Vaillant Couturier lors du procès de Nuremberg. Voici quelques extraits de sa déposition.

Monsieur DUBOST : - Voulez-vous parler des expériences si vous en avez été témoin ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - En ce qui concerne les expériences, j'ai vu dans le Revier, car j'étais employée au Revier, la file des jeunes Juives de Salonique qui attendaient, devant la salle des rayons, pour la stérilisation. Je sais, par ailleurs, qu'on opérait également par castration dans le camp des hommes. En ce qui concerne les expériences faites sur des femmes, je suis au courant parce que mon amie, la doctoresse Hautval, de Montbéliard, qui est rentrée en France, a travaillé plusieurs mois dans ce bloc pour soigner les malades, mais elle a toujours refusé de participer aux expériences. On stérilisait les femmes, soit par piqûres, soit par opérations, ou également par rayons. J'ai vu et connu plusieurs femmes qui avaient été stérilisées. Il y avait parmi les opérées une forte mortalité. Quatorze Juives de France qui avaient refusé de se laisser stériliser ont été envoyées dans un commando de Strafarbeit, c'est-à-dire punition de travail. 

[...]

Monsieur DUBOST : - En quoi consistaient les punitions ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - En mauvais traitements corporels, en particulier, une des punitions les plus classiques était 50 coups de bâton sur les reins. Ces coups de bâton étaient donnés par une machine que j'ai vue; c'était un système de balancements qui était manipulé par un SS. Il y avait aussi des appels interminables jour et nuit ou bien de la gymnastique; il fallait se mettre à plat ventre, se relever, se mettre à plat ventre, se relever, pendant des heures, et quand on tombait, on était assommé de coups et transporté au bloc 25. 

[...]

Monsieur DUBOST : - Où vous a-t-on envoyée, Madame ? 

Madame VAILLANT-COUTURIER : - En sortant d'Auschwitz nous avons été envoyées à Ravensbrück. Là, nous avons été conduites au bloc des N.N., qui voulait dire "Nacht und Nebel" c'est-à-dire "le secret". dans ce bloc, avec nous, il y avait des Polonaises, portant le matricule 7.000, et quelques-unes qu'on appelait les "lapins", parce qu'elles avaient servi de cobayes. On choisissait dans leurs transports des jeunes filles ayant les jambes bien droites et étant elles-mêmes bien saines, et on leur faisait subir les opérations. A certaines, on a enlevé des parties d'os dans les jambes; à d'autres, on a fait des injections, mais je ne saurais pas dire de quoi. Il y avait parmi les opérées une grande mortalité. Aussi les autres, quand on est venu les chercher pour les opérer, ont-elles refusé de se rendre au Revier. On les a conduites de force au cachot, et c'est là que le professeur venu de Berlin les opérait, en uniforme, sans prendre aucune précaution aseptique, sans mettre de blouse, sans se laver les mains. Il y a des survivantes de ces "lapins", elles souffrent encore énormément maintenant. Elles ont, par périodes, des suppurations et comme on ne sait pas quels traitements elles ont subis, il est très difficile de les guérir. 

Les déportés cherchent à faire connaître la réalité concentrationnaire. La transmission de leur vécu apparaît pour eux comme une tâche essentielle pour que personne n’oublie les camarades morts dans les camps….

Il s’agit aussi de participer à la compréhension de l’univers concentrationnaire nazi. Certains, dès 1945, prennent conscience de l’importance de l’objectivité à avoir afin de donner plus de force à leurs témoignages. Eugene Kogon fait ainsi signer par plusieurs camarades la présentation qu'il a écrite du système concentrationnaire.

Une équipe de renseignement américaine est venue à Buchenwald afin de réaliser une enquête pour comprendre le système concentrationnaire. Des déportés apportent leur aide même si les mots peuvent leur manquer.Ci-dessous, il s'agit du témoignage de Jorge Semprun.

"Je savais que l’administration militaire américaine préparait un rapport d’ensemble sur la vie et la mort à Buchenwald. A cette fin, les détenus qui avaient exercé quelque responsabilité dans la gestion interne du camp étaient convoqués par des officiers des services de renseignements. Le lieutenant Rosenfeld était l’un d’eux. Et j’avais été invité à me présenter ce jour-là pour avoir fait partie de l’Arbeitsstatistik, le service où se gérait la distribution de la main d’œuvre déportée."

D'autres déportés s'efforcent de recueillir des preuves qui pourront ensuite servir à rendre la justice, à condamner les dirigeants des camps. Les dessins réalisés, des négatifs de photographie (comme ceux montrant l'exécution d'Hans Bonarevitz) sont récupérés. De même, Marie-José Chombart de Lauwe a mentionné que des fichiers statististiques de Ravensbrück sont pris au moment de la libération du camp. Ces mêmes sources permettent de lutter contre les négationistes.

Andrée Dupont-Thiersault, Adrienne Froger, Juliette Hémery, Marie-Louise Mahet, Hémilienne Houlbert, Janine Niox, Germaine et Renée Guédou quelques une des sarthoises été déportées à Ravensbrück. Certaines y sont décédées. Pour ne pas les oublier, le samedi 5 Novembre 2011, une cérémonie leur a rendu un hommage lors de l'inauguration du parterre de roses "Résurrection" dédié aux femmes assassinées au camp de concentration de Ravensbrück.

La rose Résurrection. Depuis 2011, un rosier est planté dans le nouveau parc, face aux archives départementales
La rose Résurrection. Depuis 2011, un rosier est planté dans le nouveau parc, face aux archives départementales

"La rose de la résurrection"

Ravensbrück, Auschwitz, Zwodau... autant de camps et de kommandos où des femmes sont mortes. Les survivantes ont voulut ne pas oublier. C’est au milieu de cette tourmente, de cet enfer, que des femmes font le rêve, si elles s’en sortent de créer une rose à la mémoire de celles qui ne reviendront pas. Parce qu’un lien indescriptible les unit à celles qui ne rentreront pas. L’une de ces femmes Mme Dudach-Roset a porté ce projet jusqu’à sa rencontre en 1974 avec un créateur de roses, Mr Michel Kriloff (discours Yves Voisins).

La Rose est donc créé, oubliée et en 2011 suite à un projet de la FNDIRP et de lycéens. En 2008, les élèves du lycée Funay-Hélène Boucher préparent leur voyage à Ravensbrück   (voyage réalisé avec le Prytanée et le lycée Montesquieu). Ils découvrent dans les documents l’existence de ces rosiers et prévoient d’en rapporter. Hélas, non seulement ils n’ont pas rapporté pas de rosiers, mais ils ont appris par l’Amicale de Ravensbrück que le rosier n’existait plus (discours Yves Voisins). Le rosier est donc créé et certains sont d'ailleurs replantés au Mans lors d'une cérémonie en avril 2011.

 

Cette rose symbolise et véhicule de nombreuses valeurs comme le souvenir, l'amitié, la paix, le lien intergénérationnel. Ces valeurs sont aujourd'hui défendu par les survivantes et par des associations comme FMD, FNDIRP, Amis Buchenwald-Dora, l'Amicale de Ravensbrück.