Les soulèvements

Dans les camps de concentration et dans certains kommandos, des détenus se sont donc soulevés ou où eu l'objectif de le faire. Ces soulèvements se sont produits également dans les camps d'extermination et dans le ghettos de Varsovie. Pour les juifs participant à ces actions, il s'agissait de mourir dignement, les armes à la main et de tenter de fuire si l'opération réussissait. De telles actions se déroulent à Varsovie, à Treblinka, Sobibor et dans le Sonderkommando d'Auschwitz.Voir chronologie.

L'organisation

  A Treblinka, Vassili Grossmann décrit comme suit la préparation de cette révolte :

"Un plan de soulèvement avait germé dans l'esprit des détenus. Ils n'avaient rien à perdre. Chaque jour était pour eux un jour de tourments. Ils étaient tous condamnés à mort : les Allemands n'épargneraient aucun de ces témoins de leurs horribles forfaits. C'étaient des ouvriers qualifiés, des charpentiers, des maçons, des boulangers, des tailleurs, des coiffeurs affectés au service des Allemands. Ce sont eux qui créèrent un comité de soulèvement. Dans les baraquements des ouvriers, des armes apparurent : des haches, des couteaux, des matraques. Que de risques à encourir pour se procurer chaque hache, chaque couteau ! Que de patience, de ruse et d'adresse pour dissimuler tout cela dans les baraques. Les détenus se procurèrent même de l'essence pour mettre le feu au camp. Enfin ils creusèrent une grande galerie sous le baraquement qui servait d'arsenal. Ils enlevèrent ainsi vingt grenades, plusieurs carabines et pistolets qui disparurent dans des cachettes profondes. Les conspirateurs formaient des groupes de cinq. Ils mirent au point dans ses moindres détails leur plan. Chaque groupe avait sa mission particulière. Le premier devait prendre d'assaut les miradors avec leurs mitrailleuses ; le second attaquerait par surprise les sentinelles ; le troisième s'emparerait des autos blindées ; le quatrième couperait les fils téléphoniques ; le cinquième se rendrait maître des casernes ; le sixième pratiquerait des passages parmi les barbelés ; le septième établirait un pont au-dessus des fossés antichars ; le huitième arroserait d'essence les bâtiments du camp et les incendierait ; le neuvième détruirait tout ce qui pourrait être rapidement détruit"

En outre, des détenus qualifiés furent importants, parfois même indispensables à l'organisation de ce plan de soulèvement. Le docteur Chrongitski était le premier chef de la révolte, le second commandant était Galewski, ingénieur à Lodz, "homme d'une très grande réserve", et le capitaine Zelo était son compagnon.

Zelo était un militaire , donc sa contribution et son instruction facilita beaucoup la réalisation de l'entreprise. Il y eut aussi dans ce comité le mécanicien Rudek, qui en travaillant dans le garage , cachait les armes.

Enfin le 2 août 1943, Galewski et les membres du comité armèrent près de 200 prisonniers, sur 800 ou 1000, les armes étant peu nombreuses, certains étaient seulement équipés d'une hachette ou d'une petite scie, lorsqu'ils s'enfuyèrent de Treblinka.

C'était un jour « torride » où les SS et des gardes ukrainiens partirent se baigner dans le Bug éloigné de 20 kilomètres : « Miriam Novitch évoque brièvement ce soulèvement du 2 août 1943 : "[…] Le signal devait être donné par un coup de fusil. Plusieurs gardes furent liquidés. Plusieurs SS se cachèrent dès qu'ils entendirent l'explosion du dépôt d'essence. Au procès de Düsseldorf, les inculpés l'avouèrent. Le feu embrasa le camp. Nous le savons aussi par un témoin, le Polonais Zabiecki, employé à la station de Treblinka. N'ayant pas de dynamite à leur dispostion, les insurgésd ne purent faire sauter les machines d'extermination, qui continuèrent à fonctionner jusqu'à la fin octobre 1943."

 

A l'exception des chambres à gaz, la plupart des bâtiments furent détruits par l'incendie. 600 détenus ( sur le millier présent au camp le 2 août 1943 )ont réussi à se réfugier dans la forêt voisine. Mais la plupart sont repris puisque des centaines de SS et de policiers accompagnés de chiens, se sont lancés à leurs trousses, et même l'aviation fut requise. Un an plus tard il ne resta plus qu'une quarantaine de survivants "les autres ayant été tués par les Polonais, les résistants de l'Armia Krajowa, les bandes fascistes ukrainiennes, les déserteurs de la Wehrmacht, la Gestapo et les unités spéciales de l'armée allemande" (Steiner (Jean-François), Treblinka, la révolte d'un camp d'extermination).

Quelques temps après la révolte de Tréblinka, se produit la révolte de Sobibor. Il y avait environ 600 déportés juifs chargés des corvées, dont 80 femmes. 300 parviennent à rejoindre la forêt. Certains retrouveront la liberté et pourront témoigner. C’est le cas de Thomas Blatt dont nous reprenons le récit ci-dessous.

« Les participants à la révolte étaient divisés en trois catégories : les commandants Alexandre Petcherski et Léon Feldhendler ; une deuxième catégorie groupait cinq prisonniers ayant à exécuter silencieusement certains nazis ; le troisième groupe comportait une trentaine de personnes chargées de tâches secondaires. J’appartenais à ce dernier groupe.

De 16h00 à 17h00, il fallait liquider la plupart des SS et s’emparer de l’arsenal. Il fallait ensuite porter à la baraque des charpentiers les armes prises aux nazis abattus ; à 5 heures, il fallait se rendre dans l’ordre habituel au camp numéro 1 où avait lieu l’appel. De là, la révolte générale devait embraser le camp. On devait alors se diriger en rangs vers la sortie, ceux qui parlaient russe sommeraient la garde ukrainienne de se joindre à nous. Un groupe d’hommes était chargé de lancer des pierres ou des planches sur les mines qui entouraient le camp pour nous rendre la fuite moins meurtrière. Nous comptions aussi sur le fait qu’en fin d’après-midi les SS restaient généralement au mess.

Le jour de la révolte était fixé au 14 octobre. A 4 heures, anxieux, j’attendis au camp numéro 2 les hommes qui devaient venir au camp 1 pour abattre les nazis. Près de moi on murmure : « ils viennent ». Voici Chubayev, prisonnier soviétique, ingénieur, âgé de trente-cinq ans environ, accompagné du kapo Benyo, qui était dans le coup. Ils entrent dans le dépôt de vêtements. Quelques minutes auparavant, Phibs, un jeune prisonnier, avait invité le chef du magasin a passé à la barque des tailleurs, pour y prendre livraison d’un manteau de cuir qu’il avait commandé. Wolf entre dans l’atelier. Les juifs y travaillent, tête basse. On lui présente le manteau ; deux prisonniers l’aident à l’enfiler. A ce moment Chubayev le tue d’un coup de hache. Des prisonniers ont porté à Wolf plusieurs coups de couteau supplémentaires. Deux autres SS sont liquidés dans la même baraque. Drescher va d’un groupe à l’autre pour les mettre au courant. Nous apprenons ainsi que Niemann, le commandant adjoint, Greischutz, le chef de la garde ukrainienne, et Klat sont morts.

La cloche sonne l’appel. Les kapos forment les kommandos qui doivent aller au camp numéro 1. Beaucoup d’entre nous ne savent encore rien. Moi, je cours vers la barque du forgeron où m’attend Szlomo. Il tient un fusil et sait s’en servir. Nous rejoignons l’appel où le kapo Benyo forme les rangs. Les Ukrainiens se tiennent encore tranquilles, quand un hurrah monte des prisonniers. Un garde arrive à bicyclette. Il est jeté à terre et assommé. Un prisonnier lui coupe son ceinturon et prend son révolver. Alors que nous nous dirigeons vers l’entrée principale, le cuisinier allemand tire vers nous en reculant vers le mess. Szlomo l’abat. Un des nôtres coupe les barbelés avec des tenailles. Mais la plupart n’attendent pas. Beaucoup sauteront sur les mines. Je suis pris dans les barbelés, puis je tombe dans le fossé. A ce moment je retire mon manteau, je sors de la fosse et je cours. Je tombe plusieurs fois, mais je ne suis pas blessé… »

 

 

 

En ce qui concerne le soulèvement à Auschwitz-Birkeneau, Shlomo Venezia raconte dans son ouvrage Sonderkommando, dans l'enfer des chambres à gaz : "L'idée de la révolte existait déjà bien avant que je n'arrive dans le camp. Elle a pu survivre aux diverses séléctions grâce à certains kapos, comme Lemke ou Kaminski, qui étaient là depuis longtemps et avaient pris en charge l'organisation de la révolte. Kaminski était le chef des kapos des Crématoires, mais il était aussi le principale cerveau de la révolte et un homme que tout le monde respectait. Lui et quelques autres sont parvenus à établir des contacts avec l'extérieur et à coordonner un petit groupe de personnes impliquées dans l'organisation de la révolte. [...] Moi, j'étais trop jeune et arrivé depuis trop peu de temps pour être mis au courant des préparatifs. Je n'ai été informé, comme tout les autres hommes du Sonderkommando, qu'au dernier moment. Je me doutais de rien. Il fallait que tout reste secret pour éviter que l'un d'entre nous, plus faible n'aille rapporter aux allemands ce qu'il savait, dans l'espoir de sauver sa peau. Tout se faisait très discrètement et les kapos se fiaient qu'aux personnes d'expérience. [...] La veille du jour prévu pour le déclenchement de la révolte, nous avons été individuellement avertis par notre kapo. La plus grande partie de la révolte devait avoir lieu au Crématoire II." Il ajoute également l'importance de se soulèvement pour les déportés : "Notre espoir n'était pas tant de survivre que de faire quelque chose, de se soulever, pour ne pas continuer ainsi. Il était évident que certains d'entre nous allaient y laisser leur peau. Mais, qu'on meure ou pas, ce qu'il fallait, c'était se révolter."

 

La volonté de punir les coupable et de ne pas oublier

Les nazis ont la volonté d'effacer les traces de leurs crimes. La destruction de camps, l'exécution des survivants de certains camps d'extermination, les marches de la mort partipent de cette volonté". Par exemple, à Treblinka, quelques temps après la révolte, les nazis décidèrent de raser tout le camp, avec de la dynamite pour les chambres à gaz restées suite au soulèvement. D'ailleurs juste avant elles ont encore servi les 18 et 19 août avec 8000 juifs du ghetto de Bialystok. Le sol fut ensuite labouré , afin que disparaissent toute trace. Des arbres sont plantés , une fermette est construite pour les Ukrainiens. Comme si rien ne s'était passé. Les nazis ont voulu effacer toute trace de leurs actes. "Le 17 novembre 1943, le dernier groupe de 30 déportés juifs chargés des ultimes corvées est fusillé."

Mais l'ensemble des déportés survivants, aussi bien ceux des camps de concentration, des ghettos ou des rares survivants des camps d'extermination vont avoir la volonté que l'horreur des camps nazis ne soients pas oubliés. Ils ne veulent pas non plus que leurs camarades morts disparaissent dans l'oubli. La transmission de ces mémoires est une des valeurs défendues par les déportés.