Les évasions

Tous les déportés ou presque pense à un moment ou un autre de l’internement à l'évasion. Mais s’évader d’un camp de concentration est une entreprise folle. Certains, pourtant, profitant des circonstances ou au bout d’une longue préparation réussissent l’impossible. Au sein des trois camps du complexe concentrationnaire d'Auschwitz, d'après H. Langbein, il y a eu, ainsi, 667 tentatives d'évasions.

 

De véritables exploits...exceptionnels

Quatre détenus d'un kommando de Buchenwald réalisent un véritable exploit. Le 4 juin 1944, ils s'évadent à l'aide d'un véhicule de l'armée allemande. Un des détenus porte un uniforme d'un générale SS ! Ces quatre hommes ont dû faire preuve d'énormément de courage et ont aussi profiter de leur position au sein du kommando. Deux des détenus (le polonais Korzynski et le luxembourgeois Wolff) travaillent à l'atelier de réparation des véhicules. Le belge Fernand Labalue a pu fournir les uniformes grâce à son poste au magasin d'habillement des SS. Enfin, Pierre Schaul (un autre luxembourgeois), coiffeur des SS, a volé les clés.
A Loiblpass, kommando de Mauthausen, des français réussissent également à s'évader en septembre et octobre 1944. Ils sont hébergés par des Autrichiens puis rejoignent les partisans slovènes.

A Mauthausen, une évasion massive se produit dans la nuit du 2 au 3 février 1945. Elle est rapportée par Michel de Bouard dont le témoignage est retranscrit dans l'ouvrage de Marcel Ruby, page 168. " Au début de février 1945, dans la nuit du 2 au 3, la révolte du blok 20 nous prouva qu'une action de force pouvait être efficace. Quelques jours plus tôt était arrivé dans cet enfer un groupe d'officiers soviétiques repris après une évasion. Ayant très vite compris qu'ils étaient voués à une mort très prochaine, ils décidèrent de tenter la gageure d'une évasion. En pleine nuit [...] les conjurés étranglèrent le chef de block et ses acolytes. Deux groupes attaquaient alors les deux miradors, aveuglant les sentinelles avec le jet d'extincteurs à mousse et s'emparaient des mitrailleuses. Pendant ce temps, d'autres jetaient des couvertures sur les barbelés électrifiés [...] et commençaient à franchir la redoutable clôture. Immédiatement, les autres miradors avaient ouvert le feu ; nous fûmes éveillés par le crépitement des armes automatiques [...]. Quatorze seulement des insurgés, sur quatre cents environ, furent tués lors de l'opération. Les autres se dispersèrent dans la campagne où, pour se procurer des armes, ils attaquèrent un poste de défense antiaérienne."  Après cette évasion, les SS lancent de vastes chasse à l'homme. Dix-sept évadés seulement ne furent pas retrouvés.

 

Des évasions lors des évacuations

C'est par exemple le cas de françaises du kommando de Neubrandebourg, kommando dépendant de Ravensbrück. De même, Andrée Dupont-Thiersault réussit à s'évader en compagnie de camarades et notamment de Lise London lors de l'évacuation du camp de Ravensbrück :

Dans la nuit du 13 au 14 avril 1945, le camp de Ravensbrück est évacué. Plus de 100 000 détenus, encadrés par les SS, prennent la route. Les détenus marchent. Il ne faut surtout pas s’arrêter, montrer des signes d’épuisement : des coups de feu éclatent. Les SS abattent les femmes qui n’ont pas la force de suivre. Le convoi continue sa route vers l’inconnu le 15 avril. Dans la nuit, après quelques petites heures de repos, Andrée Dupont-Thiersault est de nouveau réveillées : il faut repartir. Elles sont tout un groupe à traîner à l’arrière. Elles se sont rendus compte que la surveillance devient moins strict : "la distance entre elles et la colonne se creuse peu à peu. Un grand virage vers la gauche, la colonne disparaît à leurs yeux. Pour Lise et cinq de ses camarades, c’est le moment tant attendu. Elles s’engagent résolument vers la droite, vers l’inconnu. Elles sont six désormais : Lise, Dédée, Odette, Juliette, Régine et Rachel. Seules dans une situation des plus précaires, en pays inconnu et hostile, mal vêtues, mal chaussées, mais libres. " (source : Anne-Marie Gillet, D’Assé-le-Boisne à Ravensbrück, AERIS éditeur, Le Mans, 2006).

 

L'évasion n'est pas toujours la liberté

Une fois sortie de l’enceinte du KL ou du kommando, le détenu doit faire face aux recherches de la SS, dans un univers hostile : la population prête souvent son concours aux recherches, ou au moins peut dénoncer les évader.

Pour le détenu repris, la sanction est la mort : le plus souvent par pendaison sur la place d’appel du camp, souvent précédés d’actes de barbarie. Il faut montrer l’exemple et dissuader les autres détenus de réaliser de nouvelles évasions. Le détenu peut, aussi, être ridiculisé avant son exécution. C'est le cas de Hans Bonarevitz. Il s'agit certainement de montrer qu'il reste un sous-homme, un morceau de l'univers concentrationnaire. En aucun cas, il n'est redevenu un être pensant.