Apporter des soins

Marie-José Chombart de Lauwe a évoqué lors de sa venue au Mans en février 2012 son rôle au sein du camp de Ravensbrück. Elle a dû, notamment, y soigner les nouveaux-nés. La pièce où elle travaille n'a été aménagée qu'en septembre 1944 ; deux chalits de deux étages et une table pour langer les bébés en constituent le mobilier. Les SS accordent aussi du lait en poudre : la quantité permet de réaliser deux biberons par jour pour l'ensemble des bébés...autant dire presque rien. C'est la même choses pour les langes. Il a donc fallu faire appel à la solidarité du camp : "organiser" pour récupérer des morceaux de tissus, des bouteilles...un gant en caoutchouc afin de fabriquer des sortes de tétines. Malgré les efforts, la très grande majorité des bébés meurent avant d'atteindre l'âge de trois mois. Trois enfants ont été sauvés.

 

Au sein des Révier (équivalent des hôpitaux dans un camp), les médecins s’efforcent aussi, avec des moyens dérisoires, de soigner ou au moins d’apporter un peu de réconfort à leurs camarades de détention. Par exemple, Henri Goude est médecin à Natzweiler. Il apporte les derniers soins à André Mahuet. Celui-ci est « atteint d’un érysipèle au visage, il succombe en quelques jours ». Un autre sarthois, Richard Grunberg a lui aussi été médecin au Revier de Natzweiler. Il est ensuite transféré à Allach, kommando de Dachau. Là, il soigne : Marcel Veau (matricule 42 484 à Buchenwald). Ce Sarthois arrive en avril 1945 du camp de Laura, un kommando de Buchenwald suite à « un long et pénible voyage en wagon, surveillé par les SS pendant quatre jours, sans boire ni manger. Le convoi arrive à Dachau où, là, nous étions des squelettes nus sous une unique couverture, en attendant la libération. » Quand il arrive, Marcel Veau est atteint du typhus. Richard Grunberg le sauve en lui donnant un morceau de charbon.

Parfois, d’autres médecins sont obligés de refuser d’accepter un détenu au Revier. Ce refus est aussi un acte de solidarité. En effet, les médecins peuvent être informés d’une sélection. Il s’agit alors de sélectionner les plus faibles, les évacuer vers un camp mouroir ou vers un lieu d’exécution comme les chambres à gaz. La rumeur du camp est souvent le moyen d’être informée d’une possible sélection. De même, connaître un détenu responsable d’un poste adapté permet de savoir la sélection. Toujours est-il que des médecins, dans ce cas, peuvent refuser les détenus. Ainsi, à Auschwitz Marcel Ruby note que des médecins refusent des hospitalisations à l’approche d’une sélection. Certains de ses médecins sont alors accusés de complicité avec les SS…ce qui est faux.